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"Philosophie de la biodiversité" par Virginie Maris

Ecologithèque / Christophe Léon

« La crise de la biodiversité n’est pas une crise technique, une inadéquation temporaire entre nos outils et les contraintes physiques de l’environnement. Il ne suffira pas, comme nous y invitent les apôtres du développement durable, de remplacer le pétrole par des éoliennes, de replanter des arbres, de peindre en vert les vitrines de la grande distribution et les bordures d’autoroutes. En multipliant l’offre de solutions technologiques, on ne fait que détourner le regard : on s’évertue à chercher de meilleurs moyens sans jamais questionner les fins. »

C’est ce vers quoi tend l’excellent livre de Virginie Maris, Philosophie de la biodiversité sous-titré Petite éthique pour une nature en péril — paru en septembre dernier chez Buchet/Chastel, dans la collection Écologie. C’est-à-dire questionner les fins et donner des fondements solides à une philosophie de la préservation de la biodiversité — un livre à mettre en relation avec celui de J. Baird Callicott, Éthique de la terre.
Virginie Maris, dès son prologue, définit avec justesse et discernement ce que nous sommes, nous humains : « Nous appartenons à la nature, la question n’est pas de savoir si nous dépendons d’elle ou si c’est elle qui dépend de nous. Nous en sommes. »

En cinq chapitres, l’auteur de Philosophie de la biodiversité tente (et réussit) de nous conduire pas à pas vers l’enjeu réel philosophique que représente le déclin de la biodiversité. Virginie Maris veut en faire un défi et un questionnement « sur notre rapport à l’autre : l’autre que soi », mais aussi « l’autre que nous, en acceptant de partager la Terre avec la myriade des formes vivantes qui la peuplent… »

Le premier chapitre, Penser la biodiversité, nous convie à la naissance du concept de biodiversité de l’Antiquité à nos jours. Il évoque les thèmes de l’éternité et de la fixité des espèces, « modèle fixiste, déjà présent chez Platon et développé par Aristote », modèle qui est le premier obstacle à la compréhension des problèmes liés au déclin de la diversité du vivant. Mais il aborde aussi les notions d’équilibre de la nature et du rythme croissant des extinctions. « La conversion massive des terres à des fins agricoles, rendue possible par la mécanisation, la production toujours croissante de polluants chimiques et l’augmentation de la population humaine, représentent autant de pression sur le monde naturel. »

Le deuxième chapitre, Décrire la biodiversité, définit au plus près ce qu’est concrètement la biodiversité, tant dans sa diversité génétique que spécifique ou encore culturelle. Un chapitre important qui donne au lecteur une vision d’ensemble et systémique d’un concept qui, passé à la moulinette des médias, a perdu beaucoup de sa substance. Et Virginie Maris d’estimer que le souci pour la biodiversité « pointe dans la direction de cette relation mutuelle et équilibrée entre sociétés humaines et systèmes écologiques. […] Penser la diversité du monde vivant, c’est alors penser également la diversité des modes d’interaction entre les humains et les non-humains. La biosphère est une mosaïque d’écosystèmes et de socio-écosystèmes, en relation les uns avec les autres. »

Le troisième chapitre, Évaluer la biodiversité, se propose de faire le tour d’horizon de la notion de valeur, de celle que l’on peut donner à la biodiversité, tant sur un plan économique, esthétique ou encore de legs et de transformation pour arriver à la constatation stimulante que la plus grande valeur de la biodiversité est « cette occasion qu’elle donne aux êtres humains de sortir du repli sur eux-mêmes, de prendre conscience de la communauté qu’ils forment avec les non-humains, de repousser les frontières de la moralité au-delà de l’espèce. »
Le quatrième chapitre, Respecter la biodiversité, s’intéresse à l’éthique environnementale. Il s’achève sur la notion prometteuse de communauté biotique et sur le principe de biodiversité, en mettant l’accent sur la valeur non-instrumentale de celle-ci. Virginie Maris pose ainsi les bases de ce que certains nomment l’écocentrisme.

Enfin, le cinquième et dernier chapitre, Protéger la biodiversité, aborde les incertitudes et les ajustements nécessaires à une approche pluraliste et pragmatique des problèmes liés au déclin de la biodiversité. « C’est parce que l’on assiste à une véritable crise environnementale qu’il est apparu nécessaire de questionner et de réviser les fondements moraux sur lesquels reposait la société occidentale, largement responsable de la dégradation de l’environnement. » Une responsabilité que de nombreux acteurs politiques et économiques n’ont pas encore admise…

On le voit, Philosophie de la biodiversité est un livre complet, extrêmement bien construit et abordable par le plus large des lectorats. Il n’est pas nécessaire d’avoir fait des études de philosophie ou d’être un éminent spécialiste pour en comprendre l’essentiel et pour y trouver des sujets de réflexion et des pistes à suivre.
Philosophie de la biodiversité est un ouvrage éclairant à plus d’un titre.

Philosophie de la biodiversité (Petite éthique pour une nature en péril), de Virginie Maris, coll. Écologie, éd. Buchet /Chastel

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