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Les collectivités choisissent le logiciel libre avec pragmatisme

Lagazettedescommunes.com / Sophie Maréchal

© Flickr CC by Paul Harrison

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La démarche open source s’appuie d’abord sur les solutions les plus éprouvées techniquement, en recherchant l’interopérabilité de leur système d’information. En revanche, l’offre de logiciels métier reste insuffisante pour basculer à 100%.

« Les logiciels libres sont à l’informatique ce que les médicaments génériques sont à la médecine », résume Christophe Lhardy, responsable informatique de la ville de Bezons dans le Val d’Oise. Pas de licence à payer pour un logiciel qui aura les mêmes fonctions que celui d’un éditeur qui ne livre pas les sources de ses programmes, l’équation n’est-elle pas séduisante à l’heure où les finances publiques sont contraintes ? « L’air du temps est favorable à l’open source car nous sommes en recherche d’une société durable, pense Sébastien Saunier, directeur du développement durable et des nouvelles technologies de la ville de Mions dans le Rhône. Mais il y a encore un côté rebelle à être à contre-courant des tendances trop mercantiles. »

Un contexte incitatif

L’État lui-même n’a-t-il pas marqué sa volonté de s’engager dans cette démarche ? La « circulaire Ayrault » du 19 septembre 2012 sur le bon usage du logiciel libre ne légitime-t-elle pas le combat des militants d’une donnée au format universellement partageable ? La direction interministérielle des systèmes d’information et de communication de l’État (DISIC) met elle-même en œuvre cette stratégie publique au travers du socle interministériel des logiciels libres (SILL).

Elle a notamment dressé la liste des logiciels utilisables dans l’administration et leur degré de maturité. De plus, elle mène une consultation publique pour réactualiser le référenciel général d’interopérabilité des systèmes d’information de l’État et a déjà tranché en faveur des données qui répondent aux normes définies par les organismes internationaux de normalisation. Les formats des données utilisées par les développeurs de l’univers open source s’appuient sur ces normes tandis que les éditeurs de logiciels propriétaires utilisent leur propre modèle de données. Dans la bureautique, par exemple, le format « .doc » du traitement de texte de Microsoft est le standard en raison de la domination du géant américain sur ce marché et non une norme ouverte comme l’est le format « .odt » du traitement de texte de OpenOffice.

Reste encore à convaincre

Tous les feux sont donc au vert pour une appropriation par les collectivités territoriales. « On sent qu’il y a une prise de conscience, nous enregistrons les adhésions de départements, de régions, qui veulent développer des politiques incitatives », se réjouit Jean-Christophe Becquet, président de l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre auprès du grand public, des entreprises et des institutions. « La collectivité a un rôle d’éducation citoyenne et son engagement à l’April est un argument auprès de ses services administratifs », ajoute-t-il. Particulièrement active dans ce domaine, la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur accueille cette année du 8 au 10 juillet l’université d’été du développement du logiciel libre et de l’open source (UDOS) à Dignes-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence), organisée par l’April.
25% du patrimoine

L’argument a déjà convaincu une partie des DSI territoriaux. Ainsi 25% du patrimoine logiciel des collectivités locales reposait en 2014 sur l’open source et représentait 15% des budgets des directions de l’informatique selon l’enquête « Panorama de l’usage des logiciels libres et open source dans les collectivités locales en France », réalisée par Markess.

L’open source se taille la part du lion dans les fonctions les plus techniques du système d’information. Linux, le système d’exploitation phare du monde open source, a acquis ses lettres de noblesse chez les décideurs informatiques territoriaux, qui estiment à 85% son utilisation pour leurs serveurs et à 50% sa part dans les outils pour sécuriser leurs réseaux. Pour les portails web, les solutions libres arrivent en tête avec une part de 63% ainsi que les outils de gestion et d’exploitation de données, notamment les projets « open data », à 60% choisies en libre.

« Les positions sur l’open source évoluent, l’on n’y vient plus uniquement par militantisme mais pour la recherche d’interopérabilité par exemple. Le monde de l’open source s’est professionnalisé, il est sortie de sa phase expérimentale », complète Aurélie Courtaudon, analyste secteur public de Markess.

Morcellement

Lorsque l’on se rapproche des solutions mises à disposition des utilisateurs de la collectivité, seuls la bureautique (56%) et les outils collaboratifs (48%) ont encore des parts significatives. En revanche, la proportion d’applicatifs métiers ne passe pas la barre des 15%.

“Nous n’utilisons qu’une quinzaine d’applicatifs métier qui ont un degré de maturité suffisante. Il n’est pas encore possible d’atteindre les 100% de logiciels libres, c’est pourquoi nous fonctionnons en mode mixte,” regrette Christophe Lhardy.

Pour fonctionner, une collectivité a besoin de 60 à 120 applications métiers. Cette diversité entraîne un morcellement de l’offre autant dans le monde des éditeurs propriétaires que celui de l’open source, même si les modèles de commercialisation sont différents.

Certes l’Adullact, fondée en 2002, a permis de mutualiser sur sa forge des développements pour créer des solutions d’e-administration aujourd’hui adoptées par de nombreuses collectivités, comme s2low pour la télétransmission vers les services de l’Etat, as@lae pour l’archivage électronique ou encore l’I-parapheur pour la signature électronique des documents.

D’autres solutions spécifiques comme la gestion de cimetière ou la gestion du péri-scolaire sont mises en partage de manière plus informelle par des communautés de développeurs indépendants ou appartenant à des collectivités, mais sous plusieurs variantes.

En revanche aucune alternative pertinente n’existe pour les métiers les plus stratégiques comme la finance, les ressources humaines et l’état civil qui restent donc la chasse gardée des éditeurs de logiciels propriétaires. « Quand il n’y a pas d’offres en libre, il n’y a pas de concurrence, c’est un grand manque, regrette Sébastien Saunier, il faut que les collectivités se prennent en main pour faire évoluer cette situation. »

Voir en ligne : http://www.lagazettedescommunes.com
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