Global et Local

Le lien social dope les performances

La Croix / Céline ROUDEN

Fête de la musique à Nantes, le 21 juin 2010 (AFP/FRANK PERRY).

Le rapport sur « l’état social de la France », publié à l’occasion des 20 ans de l’association Odissée, montre qu’il n’y a pas de véritable performance économique sans cohésion sociale. Au palmarès des régions réussissant le mieux, les Pays de la Loire, la Bretagne et Midi-Pyrénées

En matière de performance globale – économique et sociale – la France a encore bien des progrès à faire. Selon le rapport sur « l’état social de la France », rendu public mercredi 15 décembre par l’association Odissée, elle ne se classe qu’au 8e rang des 27 pays européens.

« Une position moyenne » occupée également par le Royaume-Uni et l’Allemagne, et qui ne la place pas selon ses auteurs dans une « dynamique de succès ». Au 12e rang seulement pour la performance économique, elle ne brille pas non plus par ses résultats en matière de lien social puisqu’elle n’occupe que la 8e place derrière, sans surprise, les pays scandinaves mais, plus étonnant, après également le Royaume-Uni ou l’Irlande.

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Pour établir ce classement, Odissée a croisé les résultats de 15 indicateurs statistiques mesurant le lien social et de 15 autres mesurant la performance. « Il s’agissait de parvenir à cerner au mieux les indicateurs de ce qui fait le savoir-faire et le savoir-être ensemble », résume Jean-Pierre Revoil, président d’Odissée et ancien directeur général de l’Unédic.

Le résultat est sans appel : les pays les plus performants sont aussi ceux qui ont les meilleurs résultats sur le plan de la cohésion sociale. Et de ce point de vue, ce sont les pays du nord de l’Europe (Suède, Finlande, Danemark) qui arrivent en tête du palmarès, avec les Pays-Bas et l’Autriche.

La France apparaît en position « d’inertie »

Des pays qui ont pour trait commun d’avoir un système de gouvernance reposant sur une démocratie sociale et locale très développée. Dans les pays nordiques, elle se traduit par « un contrat social fondé sur un impôt élevé et des mécanismes de redistribution sociale nombreux », et aux Pays-Bas, par une tradition « toujours actuelle de participation élevée des partenaires sociaux dans la vie économique et sociale », remarque le rapport.

« Il est intéressant de noter que les cinq pays qui arrivent en tête sont aussi ceux qui arrivent en première position pour le taux d’emploi des femmes ou les dépenses d’assistance aux personnes âgées. Ce sont des démocraties où l’on parvient à construire un consensus sur des enjeux sociétaux », commente l’un des auteurs. À l’inverse, la Grèce, où le lien au collectif est très distendu, se retrouve dans le bas du classement.

La France, elle, apparaît en position « d’inertie ». Malgré un haut niveau de protection sociale, ses performances en termes de lien social ne sont pas bonnes. « Protection sociale ne veut pas dire forcément cohésion sociale, observent les responsables d’Odissée. Paradoxalement, celle-ci est plus forte au Royaume-Uni et l’immigration y est d’ailleurs plus importante. »

« Les conditions du débat sont insuffisamment réunies »

Si la France bénéficie d’amortisseurs dans les périodes de crise, « elle rebondit moins vite » ensuite sur le plan économique. « Les conditions du débat y sont insuffisamment réunies, explique Jean-François Chantaraud, délégué général de l’association. L’État impulse tout et il y a une démission du citoyen. La preuve, nous avons fait la réforme des retraites en six mois alors qu’en Finlande, ils ont mis quinze ans pour y parvenir. »

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La situation est cependant contrastée selon les territoires. Avec une exception, l’Île-de-France. Au 1er rang en termes de performance, elle ne se classe qu’au 20e rang en termes de lien social, infirmant ainsi la règle qui veut que les deux aillent de pair. Une position « atypique » qui s’explique pour des raisons historiques de centralisme et de concentration de tous les pouvoirs.

« L’Île-de-France a un avantage concurrentiel qu’aucune région n’aura jamais, c’est l’exception qui confirme la règle », décrypte Jean-Pierre Revoil. Super-performante, la région parisienne est aussi celle où le lien social est le plus altéré, compte tenu de l’anonymat généré par la forte concentration urbaine, des durées de transports ou de la délinquance.

La recette résiderait dans le mode de gouvernance
Si l’on exclut ce cas particulier, les régions qui réussissent le mieux sont aussi celles où l’on vit le mieux. Elles se situent sur un axe centre-ouest – avec les Pays de la Loire, la Bretagne, Midi- Pyrénées, Limousin – et à l’extrême est du pays (Alsace, Rhône-Alpes).

Des territoires qui ont en commun d’entretenir une relative indépendance à l’égard du pouvoir central. La recette résiderait là encore dans le mode de gouvernance. « Ce sont ceux où l’information circule facilement, où le débat public est le plus dynamique et où chacun s’implique plus qu’ailleurs dans la construction du collectif », analyse le rapport.

À cet égard, les Pays de la Loire sont l’exemple le plus probant. Dans cette région de tradition catholique, la culture de l’entraide et de la solidarité est très forte – c’est là que sont nées les mutuelles – et le territoire s’est développé de manière équilibrée autour de pôles urbains complémentaires dont aucun ne domine l’autre. Résultat : c’est une des régions où l’on trouve le plus de bacheliers, où il y a le plus faible taux de chômage, le moins de conflits du travail et d’arrêt- maladie, et où l’on vote le plus…

Voir en ligne : http://www.la-croix.com/
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