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Et si, par chance, nous vivions dimanche notre dernière élection présidentielle ?

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Les résultats du 1er tour des élections présidentielles interrogent nécessairement l’observateur sur la règle selon laquelle nous élisons depuis 1965 en France le président de la République au suffrage universel direct. Dans un ouvrage écrit en grande partie à l’automne 2016, (« Pour une VIème République, l’urgence démocratique »), j’expliquais en quoi, à mon sens, ce mécanisme, bien que plébiscité par les Français, était néfaste au fonctionnement de notre démocratie.

Effacement du fond

La suite des événements n’a fait que confirmer mon sentiment. A quoi avons-nous assisté ces derniers mois ? D’abord, une exaltation du thème de l’homme ou de la femme providentielle, seul(e) à même de changer les choses et de réformer le pays, dans un discours déresponsabilisant pour les citoyens et asséchant quant à l’analyse et à la compréhension des problèmes réels de notre pays.

Ensuite, un effacement du fond – les programmes – au profit de la forme – les personnalités des candidats. Où se sont tenus les débats sur l’impôt, le travail, l’exclusion et la souffrance sociale, l’environnement, l’éducation, la recherche, la culture et même plus largement sur une vision d’avenir de notre pays ?

L’expression pour finir d’un vote protestataire « tous azimuts », dans une atmosphère d’hyper médiatisation particulièrement insupportable pour la majeure partie des citoyens et qui s’est soldée par l’élimination du second tour des deux grandes familles politiques qui ont dirigé la France depuis 1962. L’exercice des primaires aura eu pour sa part un double effet pervers : celui de faire démarrer à l’été 2016 cette machine infernale et celui d’enfermer la droite comme la gauche de gouvernement dans des corners idéologiques.

Un exercice électoral pertinent ?

Le vote du 23 avril 2017 traduit sans doute également une forme de lassitude des Français face à un exercice électoral qui, s’il reste apprécié par une majorité de nos concitoyens amateurs des joutes politiciennes, laisse cependant un goût amer de très faible utilité, s’agissant du fonctionnement de notre démocratie au quotidien.

L’instauration du quinquennat en 2000 et l’inversion du calendrier électoral finissent de verrouiller le dispositif Twitter
Jusqu’à présent la thèse des tenants de l’élection du président de la République était simple : une majorité de Français élit un candidat avec un programme clair de gouvernement. A cet effet, les électeurs – cohérents avec leur choix – lui donnent dans la foulée une majorité parlementaire solide à l’Assemblée Nationale, pour mettre en œuvre ledit programme. L’instauration du quinquennat en 2000 et l’inversion du calendrier électoral finissent de verrouiller le dispositif, y compris, comme lorsqu’en 2002, Jacques Chirac l’avait emporté à la présidentielle dans les conditions que l’on sait.

Ce schéma institutionnel traduisait la rupture avec les pratiques de la IVème République où, après l’élection, les combinaisons politiciennes pouvaient conduire à la désignation de gouvernements sensiblement éloignés des vœux exprimés dans les urnes par les électeurs.

Cohabitation inédite

Ce schéma a certainement pris un peu de plomb dans l’aile le 23 avril dernier. En effet, à la veille du second tour de l’élection présidentielle, l’alternative est la suivante : soit Marine Le Pen est élue et n’étant en aucune manière en mesure d’obtenir une majorité parlementaire, elle sera condamnée à une cohabitation aussi inédite dans sa configuration que néfaste dans son fonctionnement. Soit Emmanuel Macron est élu, et ce seront les élections législatives qui diront tout de la politique menée, mais dans un schéma où le pari d’une majorité parlementaire claire apparaît incertain.

En tout état de cause, compte tenu du caractère composite du mouvement En Marche ! et du besoin probable d’appoints extérieurs pour atteindre une majorité, le fonctionnement du futur gouvernement risque d’être chaotique. En bref, dans l’une ou l’autre hypothèse, le schéma traditionnel aura été écarté et ce sont les élections législatives qui auront été le scrutin essentiel pour déterminer comment notre pays sera gouverné dans les années qui viennent.

Les résultats du 1er tour de l’élection présidentielle traduisent également une demande forte de recomposition de notre paysage politique qui aura certainement au final largement contribué à faire élire Emmanuel Macron au soir du 7 mai. Est-on sûr que le levier de l’élection présidentielle par sa dimension simplificatrice, le poids qu’elle donne aux personnalités et le peu d’importance qu’elle confère aux programmes soit le meilleur vecteur de cette recomposition ? Personnellement j’en doute.

Un régime parlementaire authentique

Les changements – sans doute indispensables tant à droite qu’à gauche – seront plus aisés dans le cadre de formations politiques éventuellement nouvelles, mettant en valeur le collectif et respectant la dimension démocratique, essentielle au débat. Une recomposition pilotée par « le haut » a peu de chances de durer, ni d’aborder les questions de fond autour desquelles se constituent ou non les accords partisans.

A cet égard, et dans le maelstrom « dégagiste » qui règne, il faut insister sur la nécessité d’une organisation de notre vie politique autour de partis qui ne sont pas nécessairement incompatibles, par nature, avec un renouvellement des élites et des pratiques politiques. Tout est ici, comme toujours, affaire de volonté.

Notre démocratie doit sortir d’un schéma institutionnel paternaliste où nous semblions tout attendre d’une figure charismatique Twitter
Notre démocratie doit sortir d’un schéma institutionnel paternaliste où nous semblions tout attendre d’une figure charismatique. Ce schéma s’est brisé parce que nous n’y croyons plus nous-mêmes. Optons ainsi résolument pour un régime parlementaire authentique valorisant l’échange, le débat et le compromis – qui est loin d’être un gros mot, en politique, comme dans la vie « civile » d’ailleurs…

Je ne voudrais pas clore ce propos sans lever une ambiguïté qui n’a pas lieu d’être. Bien qu’opposé à l’élection du président de la République au suffrage universel direct, j’irai voter le 7 mai prochain. Je voterai résolument en faveur d’Emmanuel Macron, avec le secret espoir que son appétit de réforme ne fera pas l’économie de la profonde refonte que méritent les institutions de notre pays.

Voir en ligne : http://www.alternatives-economiques...
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