Global et Local

>04/12. 17H15. Ces monnaies locales qui voulaient se faire plus grosses que l’euro

Le Point / LOUISE CUNEO

Molière s’affiche sur les billets libellés en "occitan", à Pézenas. /// PASCAL GUYOT / AFP

Elles portent des noms poétiques et visent à favoriser l’économie locale. Pourquoi ces devises suscitent-elles un tel engouement ?

Le "sol violette" à Toulouse, la "pêche" à Montreuil, la "bogue" à Aubenas, la "muse" à Angers, l’"occitan" à Pézenas, l’"abeille" à Villeneuve-sur-Lot, la "sardine" à Concarneau, la "cassole" à Castelnaudary,... 17 monnaies locales circulent actuellement en France, et presque autant sur le point de voir le jour. Un phénomène qui prend une ampleur telle que des Rencontres nationales des monnaies locales étaient même organisées ce week-end à Montreuil.

Depuis une vingtaine d’années, qu’ils soient immatériels (sous forme d’échange de services, par exemple) ou de plus en plus sous forme de véritables coupures en papier, toujours indexés sur l’euro, ces modes de paiement alternatifs séduisent les municipalités qui veulent relancer l’économie locale, en y ajoutant même parfois une dose de volonté éthique ou environnementale.

Une fidélité récompensée

Vincent Verschoore, réalisateur de clips vidéo à Boulogne-sur-Mer, explique sur son blog comment son bou’sol, la toute nouvelle monnaie locale née d’une initiative de Frédéric Cuvillier (ancien maire de la ville et désormais ministre délégué aux Transports, à la Mer et à la Pêche), fonctionnera dans sa ville dès les premiers mois de 2013. "Le principe est simple : les citoyens achètent la monnaie locale au Crédit municipal (ou dans l’un des relais) au taux de 21 bou’sols pour 20 euros (soit un gain à l’entrée de 5 %). Cet argent pourra servir à l’achat dans des commerces locaux accrédités, les coupures existant sous forme de un, deux, cinq, dix ou vingt bou’sols."

Mais ce n’est pas tout : les commerçants devront au terme de chaque mois faire échanger leurs bou’sols en caisse contre des euros, en s’acquittant au passage d’une "adhésion" de 5 % destinée, évidemment, à compenser le bénéfice initial consenti aux acheteurs de bou’sols. "En principe, les commerçants s’y retrouveront si la labélisation bou’sol leur permet d’augmenter leur chiffre d’affaires", explique Vincent Verschoore. Un système de points de fidélité attribués aux consommateurs qui paient régulièrement en bou’sols a même été imaginé, afin d’encourager la circulation de la monnaie : "Il est évident que plus une monnaie tourne vite, à volume égal, plus elle contribue à la richesse locale", précise ce citoyen convaincu.

Contexte de crise

Cette démarche n’est pas l’apanage des petites villes. L’agglomération de Nantes, avec ses 600 000 habitants, s’apprête à lancer sa monnaie au second semestre 2013, et procède actuellement à une consultation de ses habitants pour lui trouver un nom. Le projet, initié en son temps par Jean-Marc Ayrault, n’intégrera pas de monnaie papier. Purement virtuelle donc, cette monnaie permettra à tout Nantais qui aura ouvert un compte au Crédit municipal d’être payé pour des produits, des services, voire des primes salariales, en UCI (unités de compte interne) à leur valeur réelle. Il pourra ensuite à son tour régler d’autres biens ou services de l’économie locale dans cette monnaie, "sans puiser dans [sa] trésorerie en euros et payer donc moins d’agios", vante Pascal Bolo, adjoint à la ville de Nantes chargé des finances et du dialogue citoyen.

Pour doper les échanges locaux, la ville ne recule devant rien : "Dans un moment où les entreprises peuvent connaître des difficultés de trésorerie ou de financement", le projet s’inscrit clairement dans un contexte de crise financière, comme "une réponse supplémentaire et innovante", explicite Pascal Bolo.

Des tels projets sont monnaie courante : il existe quelque 5 000 "unités de compte" locales complémentaires dans le monde. Qu’elles soient une "monnaie temps", hors de la sphère marchande et à mission sociale, une monnaie indexée à l’euro, avec des billets, ou organisées sous forme de crédit/débit organisé autour d’une chambre de compensation (comme c’est le cas à Nantes), elles séduisent d’autant plus que l’époque est à la crise.

Ce qui n’empêche pas les flops : ainsi, le lancement de l’épi au Havre avait été annoncé pour l’été 2012, mais seuls cinq commerçants (impliqués dans le commerce équitable et les produits bio) s’étaient engagés dans l’aventure. Pas assez pour faire fructifier l’épi.

Reste que c’est en général dans une ambiance décrite comme "conviviale" que sont organisées les réunions destinées à mettre en place et faire connaître ces monnaies locales. Autour d’un panier-repas apporté par les convives (comme à Gourdon, dans le Lot) ou d’une "succulente soupe de légumes bio/locaux/délicieux" concoctée par l’un des participants (à Forcalquier, dans les Alpes-de-Haute-Provence), l’initiative à au moins le mérite de faire (re)naître les relations de proximité. C’est déjà ça.

Voir en ligne : http://www.lepoint.fr/
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