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>02/03. 19H00. Insecticides : des semis dangereux pour les abeilles

Le Figaro / Yves Miserey

Les tests ont été effectués à partir de deux semoirs dont un de fabrication française. (EST)

Au cours du semis, les graines de maïs enrobés dégagent beaucoup de microparticules dans l’atmosphère.

Les graines de maïs enrobées d’insecticides peuvent faire des ravages chez les abeilles. Non pas seulement quand les plantes fleurissent et que les abeilles se nourrissent de pollen mais au moment du semis. Lors de cette opération, des millions de microparticules sont mises en suspension dans l’atmosphère.

Même si les quantités sont infinitésimales, cela suffit à contaminer les abeilles qui survolent le champ à ce moment-là ou qui butinent à côté. C’est le résultat d’une étude publiée par une équipe de l’université de Padoue dans la revue Environmental Science and Technology, éditée par la Société américaine de chimie.

Les semences enrobées appartiennent à une famille d’insecticides dits systémiques. Le principe est le suivant : au lieu que les pesticides soient pulvérisés sur la terre ou sur les plantes, il sont mélangés dans une pâte qui entoure la graine. En germant, la plante absorbe le poison dans ses tissus par l’intermédiaire de la sève.

Le procédé est largement utilisé pour une nouvelle famille d’insecticides : les néonicotinoïdes qui agissent sur le système nerveux central des insectes. Mis au point dans les années 1990, ils sont accusés par les apiculteurs d’être une des principales causes de la mauvaise santé des abeilles.

Les chercheurs italiens ont testé toutes les semences enrobées de maïs dont plusieurs sont utilisées dans les pays européens : deux hybrides de la firme Pionner, le Poncho et le Gaucho de Bayer, le Regent de Basf et le Cruiser de Syngenta. Ce dernier est le seul à être encore autorisé en France en dépit des demandes réitérées d’interdiction des apiculteurs.

Les tests montrent que toutes les semences enrobées, quelle que soit la marque, sont sujettes à un phénomène d’érosion à l’intérieur du semoir. Ce type d’appareil étant doté d’une turbine, les microparticules sont projetées dans l’atmosphère. La pollution n’est que partiellement réduite si l’engin est équipé d’un déflecteur dirigé vers le sol, comme le stipule la réglementation européenne depuis 2009 après une intoxication massive en Bavière. Plus de 11.500 ruches avaient été décimées au moment où un agriculteur semait du maïs Poncho.

Il faisait très sec et venteux et les particules s’étaient déposées aux alentours sur les fleurs, contaminant les abeilles. L’humidité ne semble arranger quoi que ce soit, les chercheurs italiens ont constaté au microscope électronique qu’elle semble faciliter l’adhésion des microparticules sur le corps des abeilles

« L’exposition des abeilles est irréaliste »

L’équipe pilotée par Andrea Tapparo a relevé la présence de molécules insecticides sur des abeilles mortes qui avaient traversé le champ expérimental au moment du semis pour aller chercher du sucre déposé dans un nourrissoir. Ils ont fait le même constat avec des abeilles enfermées dans des cages et placées à différentes distances du semoir.

« L’étude italienne est sérieuse mais l’exposition des abeilles est irréaliste », critique François Thiboust, de Bayer. « En France, plusieurs apiculteurs ont subi des dommages lors de semis », assure Henri Clément, de l’Unaf (Union nationale des apiculteurs de France). « Non seulement les graines enrobées ne sont pas écologiques mais elles ne sont même pas pertinentes d’un point de vue agronomique.

Cela revient à faire un traitement préventif systématique au lieu d’appliquer la dose au bon endroit au bon moment ».

Voir en ligne : http://www.lefigaro.fr/
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